Bien commun, mais à qui, à quoi ?

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Le concept de raison d’être implique qu’une organisation se donne une idée du Bien Commun ou de l’intérêt général au service elle entend se mettre. Plusieurs questions se posent à propos de la notion de Bien Commun, mais l’une d’elle porte sur la largeur de la communauté concernée. En effet, parler de Bien commun suppose de répondre à la question : commun à qui ? Et même, peut-être « à quoi? »

Quelles sont les options ?

Parfois, certains semblent limiter la notion de Bien Commun à l’entreprise et certaines de ses parties prenantes : collaborateurs, actionnaires. D’autres auront tendance à trouver cette définition trop restrictive et à inclure la société. Mais de quelle société parle-t-on ? Se place-t-on au niveau local de la ville, du département, de la région ? Ou alors, devons-nous inclure l’ensemble de la communauté nationale ? Certains voudront sans doute aller plus loin. Pourquoi ne pas considérer que le Bien Commun est celui de l’Europe, de l’Occident, de l’Humanité ? Ici, un écologiste profond pourrait même faire remarquer que toutes ces approches du Bien Commun ont un caractère trop anthropocentrique, qu’elles supposent que l’Homme est le centre de tout et que la nature doit lui être soumise. Partant de là, il pourrait insister sur le fait que notre conception du Bien Commun devrait inclure l’ensemble de la communauté biosphérique, autrement dit, les plantes, les animaux, et même pourquoi, s’il croit en Gaïa, la Terre comme être vivant !

Qu’importe après tout ?

Tout simplement que la restriction imposée à la notion de Bien Commun aura une influence sur la définition de ce qu’est le « Bien » qui doit être défendu ou poursuivi. Le Bien Commun des habitants d’une ville sinistrée par la désindustrialisation sera peut-être d’attirer des industries pourvoyeuses d’emplois et de rentrée financières, même si ces dernières sont particulièrement polluantes et émissives. Toutefois, le développement de ce type d’industries ne sera peut-être pas compatible avec le Bien Commun du pays. En fonction de la communauté qui est prise en compte les conceptions du Bien Commun peuvent différer à certains égards et entrer en conflits. Nous avons pris un exemple ordinaire d’intérêt économique. Toutefois, les divergence en matière de Bien Commun peuvent porter sur la préservation de cultures, de modes de vie, propres à des aires civilisationnelles, à des régions (Breton, Corses, Basques, etc.

Vive la subjectivité ?

Devant cette complexité, on pourrait être tenté d’en conclure que chaque organisation devrait être libre de « définir » la largeur de la communauté concernée à sa guise. Cela permettrait sans doute d’envisager la tâche comme possible, même si elle demeurerait difficile (plus qu’on ne l’imagine). Toutefois, ne nous faut-il pas nous garder d’une approche subjective qui part de la conclusion selon laquelle une conception objective du Bien Commun est a priori impossible, et affirme que toute conception du Bien Commun peut faire l’affaire à partir du moment où elle « résonne au sein d’un groupe » ou « met le groupe en harmonie, en alignement avec lui-même » ?

Pensons au fait qu’à la limite, lorsque chacun a sa conception du Bien Commun, le concept de Bien Commun lui-même devient dépourvu de sens. Si chacun avait sa propre conception du Bien Commun, et la revendiquait comme tel tout en supposant que le seul critère de correction est une sorte d’harmonie émotionnelle, y aurait-t-il encore un sens à conserver dans notre langage le concept de « Bien Commun » ? Je n’en suis pas persuadé. Nous serions alors dans une situation analogue à celle où chacun prétendrait disposer de la vérité sur un sujet quelconque mais où ses vérités seraient différentes et fondées sur des critères manifestement subjectifs (peut-être non explicité). Faisons l’hypothèse qu’à l’occasion d’une pandémie, les représentants de la communauté scientifiques se déchirent sur les vérités objectives liés au virus (gravité, résistance, facteurs de transmissibilité, etc.). Imaginons que tous se comportent comme s’il détenaient la vérités, mais qu’ils n’aient pas tous la même. À un certain point notre réaction sera sûrement de considérer que ces personnes manquent de modestie intellectuelle, plutôt que d’admettre que la vérité est quelque chose de subjectif. Mais imaginons que la situation dure, et dure encore, et que ces experts s’enferrent dans leurs « vérité subjectives ». Combien de temps notre bon sens nous inciterait-il à les trouver ridicules plutôt qu’à en déduire que le concept de « vérité » n’a pas de pertinence pour le type de discours qu’ils énoncent ?

Conclusion

Tout comme le concept de vérité, le concept de Bien Commun ne peut pas être laissé à la discrétion de chacun sans courir le risque de tomber dans le ridicule. Le sentiment de ridicule étant à considérer comme une sorte d’avertissement intuitif du fait que nous faisons fausse route. Que fait alors ? Ne sommes-nous pas dans une impasse ? Construire une conception universelle du Bien Commun paraît bien au-delà de nos capacités, et se résigner au subjectivisme est ridicule. Une option nous paraît envisageable, bien que non miraculeuse. Nous y reviendrons dans une un prochain post.

Une dernière remarque. Notre propos peut paraître éloigné de la réalité concrète des organisations. C’est vrai. Ce que nous pouvons lire à sujet de la part des acteurs le montre. Il n’en demeure pas moins vrai que l’engouement des entreprises pour le fait de montrer qu’elles inscrivent leurs actions dans une perspective plus large que celle de la théorie de l’actionnaire court le risque de tomber dans le ridicule si le problème présenté ici n’est pas surmonté.

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