Le niveau de confiance au sein d’un pays est-il lié aux performances économiques de ce dernier ?

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Les enquêtes réalisées dans le cadre de la World Survey Values au cours desquelles est évalué le niveau de confiance interpersonnelle, ont permis de mettre en évidence l’existence d’une corrélation statistique entre le niveau de confiance dans un pays et sa performance économique, désignée par le niveau de PIB par habitant. Le graphique ci-dessous montre la corrélation entre niveau de confiance interpersonnelle et pib par habitant dans plusieurs dizaines de pays de monde.

https://ourworldindata.org/trust

Corrélation n’est pas causalité. Aussi la question se pose de savoir si la performance économique est la cause d’un haut niveau de confiance interpersonnelle ou si c’est l’inverse qui se produit. Autrement dit, est-ce c’est la confiance interpersonnelle qui est la cause profonde (du moins l’une des causes profondes) du niveau de développement économique ?

Deux économistes français, Pierre Cahuc et Yann Algan, soutiennent précisément que la relation causale va du niveau de confiance interpersonnelle vers le niveau de développement. Autrement dit, cultiver la confiance constituerait un levier du développement économique. On pourrait ajouter, en particulier dans les économies avancées qui sont comme le souligne Philippe Aghion, dont les travaux portent sur la destruction créatrice et les institutions favorisant l’innovation, proche de la frontière technologique, et qui ne peuvent pas se contenter d’innover en imitant, mais qui doivent chercher les sources d’innovation en elles-mêmes, en se mettant en question.

Dans ce genre de contexte, la capacité d’innover est fonction de la capacité à coopérer des acteurs de l’organisation, et de plusieurs acteurs présents dans l’environnement (université, pôle de compétitivité, etc.). La coopération rend possible de bénéficier des talents, qualités, et connaissances des autres. Ce qui permet de construire sur des bases construites par d’autres et de donner à l’innovation un caractère « cumulatif ». Ce que Philippe Aghion résume ainsi : nous bâtissons sur les épaules des géants.

Or cette capacité à coopérer est essentiellement liée au niveau de confiance interpersonnelle. Comme le souligne James Coleman, l’un des père fondateurs de la recherche sur le capital social « Un individu est confiant s’il met des ressources à disposition d’une autre partie, en l’absence d’un contrat formel, en espérant en retirer des bénéfices. » (Cité dans Les origines du Populisme, p.35).

Par ailleurs, un faible niveau de confiance interpersonnelle nous incite à bâtir des institutions plutôt centralisées associées à un niveau important de contrôle. Oui, car si la confiance n’empêche pas l’existence de contrôles (ne serait-ce que pour avoir une circulation d’informations indispensable à la prise de décision par les dirigeants), la défiance nous conduit à une inflation de contrôles. Inflation qui a d’ailleurs été repérée et analysée par des chercheurs comme François Dupuy ou encore Christophe Dejours. La confiance constitue une institution invisible qui permet d’économiser des institutions, des procédures, … comme le souligne Pierre Rosanvallon.

Se posent alors une autre question. Comment peut-on améliorer le niveau de confiance dans une organisation, dans un pays ? Nous y reviendrons. En attendant, il vous est possible de consulter cette conférence de Yan Algan.

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Eric Lemaire

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